Ascenscion de l’HUAYNA POTOSI, 6088m
Vendredi, mai 20th, 2005Après plusieurs semaines passées à plus de 4000m d’altitude (moyenne de l’altiplano) et quelques passages à 5000m, les sommets aux alentours m’attirent inéluctablement. Tim lance l’idée le premier : “Et si on montait au Licancabur ?”. Nous sommes au sud de la Bolivie et ce volcan culmine à quasi 6000m. L’idée est encore fraîche et je propose à Tim de laisser mûrir ce projet. Quelques jours plus tard, Steve et Géraldine (voir page sel, sucre et argent) nous persuadent que le Huayna Potosi (6088m) est à notre portée. Cette fois-ci, le rendez-vous est pris pour ce sommet qui surplombe la ville de La Paz.
Pareils à deux gamins surexcités nous demandons les services d’un guide dès notre arrivée à La Paz et partons le soir même pour le refuge se situant à 4700m d’altitude, au pied de cet imposant sommet aux neiges éternelles. Après une journée d’acclimatation et d’exercices sur les parois d’un glacier, nous montons au camp de base à 5100m d’altitude. Le départ est fixé à 1h du matin pour le lendemain. Je n’arrive pas à dormir, je me sens excité et angoissé comme la veille de mon départ en octobre et l’altitude semble avoir une influence des plus néfastes sur mon organisme. Levé à minuit, je me force à avaler quelques bouts de pain mais l’appétit me fait défaut. J’enfile mes habits les plus chauds : deux pairs de gants et trois paires de chaussettes, je chausse mes crampons et me voilà marchant sur la lune. C’est agréable, je prends plaisir à écouter le bruit des craquements de la glace sous mes pieds, à observer La Paz en contrebas et à regarder ce paysage vierge paisiblement éclairé par un limpide clair de lune. Nous arrivons tranquillement face au premier mur qui nous emmène directement à 5700m d’altitude. Je ne pense plus qu’à assurer chacun de mes pas, tout en avançant le plus lentement possible. Tim commence à souffrir également et se plaint. Pour ma part, je décide d’économiser mon souffle et de ne plus parler du tout.
Péniblement, nous atteignons la base du dernier mur : une paroi glacée de 200m de long à environ 80% de pente. Mon corps tout entier réclame de descendre à une altitude raisonnable, Tim est blême mais nous décidons d’entreprendre l’ascension de cette partie finale. Je n’ose pas regarder le sommet tellement celui-ci me parait loin. J’ai l’impression d’avoir du plomb dans les chaussures et que quelqu’un m’écrase la tête dans un étau. Tim a de plus en plus de mal et pour couronner le tout, casse ses crampons et ne s’en rendra compte que 10 minutes plus tard. Hugo, notre guide, les retrouve 20 mètres plus bas et se demande comment il a pu continuer de monter sans ceux-ci. Ce dernier me confira plus tard qu’à ce moment précis, son cerveau ne coordonnait plus ses gestes et pensées… L’attente est terrible et je m’agrippe du mieux que je peux à mon piolet. Nous repartons pour seulement cinquante mètres, nouvelle casse ! Je n’en peux plus, je veux tout arrêter mais nous sommes encordés et devons donc monter au même rythme. Cette nouvelle réparation doit nous emmener au sommet, je ne supporterai pas une nouvelle attente pendu à mon piolet.
Lentement, nous nous rapprochons de notre but, vingt centimètres par vingt centimètres. Les larmes coulent sur mon visage tandis que le soleil se lève dans mon dos. Je ne sais pas si ce sont des larmes de joies ou de fatigue. Il ne reste plus qu’un mètre ! Je hurle à Tim de me laisser du mou et suis envahi alors par la joie que procure l’arrivée à un sommet : un énorme soulagement. Face à moi, ou plutôt sous mes pieds, s’étendent les Yungas (partie amazonienne de la Bolivie) de l’autre côté j’admire l’altiplano du lac Titicaca (après un vide abrupte de plus de 2000m). Je suis à bout et n’arrive pas à avaler quoi que ce soit. Même le fait de prendre des photos est un effort insurmontable mais je me pousse à immortaliser ce moment.
Il nous faudra seulement deux heures pour redescendre les sept heures de montée. L’appétit revient et, avec lui, vient le plaisir d’avoir accomplit cette ascension
Camp de base à 5200m. Au fond : le sommet.
Voilà l’équipe à une heure du matin : Vincenzo (notre cuistot), Tim et Hugo (notre guide).
Il est deux heure du matin et j’ai encore la force de prendre des photos.
Première casse de crampon sur le dernier mur.
La descente: presque aussi dure que la montée
Toujours pendant la descente, Tim récupère tout doucement.
De retour au refuge, l’esprit encore confut je prend ma raclée aux échecs.