
L’ équipe aux sifflets : Jodi, moi et Josh. Voilà notre camouflage pour affronter notre pire ennemi, le vent !
Pour se rendre de Ushuaia, ville au bout du monde, à Punto Arenas, ville du départ pour le grand sud antarctique (à quelques heures de bateau seulement), il faut traverser la ” terre de feu ” que je nommerais volontiers ” la terre du vent “. Elle est composée de steppe, d’ ailleurs très bien décrite dans mon guide : ” des milliers de kilomètres de plaine sans végétation, à part quelques herbes rases, de temps à autre ponctués par une Estancia, et des ” oasis ” sorties de nulle part… la plus grande partie du territoire patagonique argentin ne séduira pas les voyageurs par sa verdure, par sa luxuriance ou par sa diversité ! Beaucoup la jugent même ennuyeuse et monotone. Mais d’ autres, aussi, restent fascinés par ces étendues fouettées en permanence par des vents enragés, béances ouvertes sur des des cieux immenses. Le regard cherche désespérément un point d’ attache, une butte où s’ accrocher… mais la pensée file ailleurs, égarée et tourmentée. Un grand vertige.” La Terre de feu comprend également Ushuaia, mythique en France grâce à Nicolas et dans le monde grâce à sa position géographique à l’ extrême sud (Les chiliens déclarent, à raison, que Puerto Williams est bien la vrai ville la plus australe). Perdu entre les montagnes et le canal de Beagle, Ushuaia sait distraire les nombreux touristes qu’ elle comprend. Cette ville me plaît avec ses petites rues et ses maisons de toutes les couleurs. Et il y a des endroits, que l’ on visite seulement pour se dire qu’ on y était…
Je quitte Usuhaia (sans y avoir trouvé Nicolas) accompagné de Jodi, Josh et de mon fidèle compagnon à deux roues Mitch’ (ainsi baptisé par Jodi). Mon coeur est encore rempli de larmes suite au départ de Pauline mais le premier jour se déroule comme une sortie à vélo entre amis un dimanche ensoleillé, ce qui me remonte un peu le moral. Mis à part quelques petits cols, qui ne sont qu’ une formalité pour nos mollets habitués à la cordillère des andes, nous atteignons facilement un jolie lac dans la soirée afin de préparer l’ anniversaire de Josh. Nous célébrons ses 26 ans dès le petit déjeuner avec une ” pancake party ” : quel luxe pour des randocyclistes ! Après-midi de vélo, un rayon de cassé pour Josh, cela est maintenant une habitude. Mitch’ ne déplore aucun rayon cassé et aucune panne majeure jusqu’ ici (suerte…) : merci Monsieur Michenon pour ce vélo ! La belle route que nous avions hier a laissé place aujourd’hui au fameux ripio (chemin caillouteux). Les camions que nous haïssions déjà avant cette journée sont nos pires ennemis maintenant : ils dégagent un nuage de fumé qui nous oblige à stopper nos montures afin de respirer un air filtré par nos vestes. Le comble est qu’ ils nous assomment de coups de klaxons, pourtant destinés à nous encourager. Mis à part des oiseaux, nous n’avons rien croisés aujourd’hui. Ce sera donc la soupe traditionnelle pour ce soir, nous reportons le gâteau d’anniversaire à demain soir. A partir de Tolhuin, village près de notre refuge de la veille, nous quittons quittons les montagnes pour rentrer dans la steppe qui va nous accompagner pendant de nombreux jours. Pour ce troisième jour, nous avons avons une route parfaitement plate et asphaltée mais le vent rentre dans la partie. De face ou de côté il nous fouette le visage, nous projette dans le bas-côté et nous contraint à pèdaler comme des forcenés, y compris dans les quelques descentes où nous ne dépassons pas les 10 km/h ! Un campement de fortune entre la route et un cadavre de guanaco (lama) nous permet d’ être à l’abris du vent et d’ouvrir une bouteille de vin, un gâteau sous cellophane qui accompagnent notre joyeux anniversaire franco-australien.
Dès notre réveil, nous constatons que le vent est de nouveau au programme de la journée mais heureusement la route est de nouveau asphaltée. Celui-ci me pousse à mes limites et arrivé à Rio Grande, après 60 kilomètres face à des vents frollant la tempête, je ne veux plus entendre parler de vélo… Pourtant le lendemain je suis de nouveau à califourchon sur mon fauve pour affronter notre pire compagnon de voyage. Mais pour cette cinquième journée, nous avons droit à une accalmie ! Nous en profitons pour admirer les oiseaux qui s’ amusent à faire la course avec nous. La terre de feu est un paradis de nature : des pingouins, des oiseaux par milliers, un castor, un hiboux, des lamas par centaines, des renards qui viennent surveiller nos dîners tardifs et bien sûr des moutons. Nous avions prévu d’ atteindre San Sebastian ce soir mais le vent s’ est finalement levé et nous a arrêté à une Estancia (Sara), la plus grande de la région. Le temps se fige sur ces fermes aux dimensions démesurées et destinées essentiellement à l’ élevage bovin. Le patron de cette ferme-villa nous offre abris et douche, avant même que nous ayons le temps de lui quémander. Le jour suivant nous mettons toutes les chances de notre côté en nous levant tôt, pour combattre celui qui effraie les cyclistes du monde entier. Par chance nous avons appris la veille que le vent n’est pas du tout matinal ici. Nous dépassons San Sebastian et la frontière Argentine pour nous retrouver 15 kilomètres plus loin à San Sebastian, cette fois-ci au Chili. Le vent nous laisse tranquille mais nous avons retrouvé les chemins ripio.
Il nous reste 130 km pour atteindre Porvenir et traverser le détroit de Magellans. Nous sommes tous les trois d’ accord pour en finir au plus vite avec ces paysages qui nous font perdre toutes notions de reliefs. Nos compteurs affichent fièrement 82km (sur gravier, c’ est important de le préciser !) lorsque nous trouvons refuge dans une Estancia. Victor, le berger, y vit seul avec ses trois chiens. Il nous ouvre la porte d’ une maison qui sert à héberger une dizaine de personnes lors de la tonte des moutons. C’est le grand luxe pour nous et nous en profitons pour y rester deux nuits. En fait le vent ne nous a pas laissé le choix et notre rencontre avec Victor est tellement riche que nous ne pouvons pas partir sans avoir échangé un peu plus de nos vies respectives. Il nous dit à plusieurs reprises : ” ici ce n’ est pas le Chili : c’ est une île. La terre de feu est un autre monde. ” Je reconnaitrai plus tard qu’il avait raison et jean regretterai même ces steppes qui nous offraient de si belles rencontres. Nous quittons Victor au petit matin, avec le ventre rempli de ses petits pains, le coeur serré et les yeux pétillants. Porvenir se présente à nous comme un ville morte. Le temps d’ une sieste et tout d’ un coup un restaurant et un negocio ouvrent leurs portes, des voitures arrivent par dizaines, des touristes armés de leurs traditionnels questions quant à notre attirail s’ approchent de nous, des policiers arrivent et enfin, c’ est au tour du bateau de faire son apparition dans le golf. Celui-ci fait vivre toute la population aux alentours. Nous traversons le détroit de Magellans pour Punta Arenas et laissons derrière nous Victor avec sa Terre de feu, la steppe avec ses herbes rases et les estancias avec leurs moutons.

Ushuaia, ses fils électriques, ses lampadaires bleus et ses montagnes du bout du monde

A ce moment précis, nous quittons Ushuaia. Le vent, caché derrière les montagnes, ne s’est pas encore montré…

Cette journée reste la meilleur de cette traversée : vent de dos, route parfaitement lisse et vues splendides !

10 jours de vélo, 10 rayons de cassés…

Cette vue s’ offre à nous telle une récompense après un dur effort.

JOYEUX ANNIVERSAIRE JOSH !!!!!!!!

Nous doublons des engins qui terrassent la route pour de futures heureux cyclistes.

Jodi est juste derrière ce camion et il en passe des centaines par jour sur cette route de graviers !

Voilà le résultat…


Vue depuis notre refuge rudimentaire du 2ºjour. Le doyen nous assure que c’ est la plus belle vue de la terre de feu.

Voilà le seul moyen pour s’ abriter du vent : se coucher par terre derrière un butte !

INICIO PAVIMENTIO !!!! Ces panneaux sont une joie pour nous.

JOYYEUX ANNIVERSAIRE JOSH (suite…)

On ne peut pas être plus clair !


Habitude matinale qui ferait plaisir à mon prof de Judo : étirements !

Au fond d’ une Estancia, je trouve une remorque parfaite pour mon vélo. C’ est avec cette remorque que la laine était acheminée aux principaux ports de la région.



Au milieu de nulle part, cette cabane nous donne un répit pour s’ abriter du vent et cuisiner une bonne soupe. Pour le film du soir nous auront droit à un hiboux, un coucher de soleil somptueux et un troupeau de guanaco en exclusivité.

Ces collines annoncent la fin de la steppe.


A la recherche d’ un peu d’ eau, nos hôtes nous offrent café, thé et petits sandwichs : l’ hospitalité chilienne est un exemple !

Un coup de main à Victor pour rentrer son bois, seul combustible en sa possession (pas d’ électricité ici).

Jodi au boulot également, il nous faut un pull à chacun pour affronter l’ hiver qui approche.

Victor

“Chez” Victor

Sieste à Porvenir, la ville morte.


Le détroit de Magellans et la fin de la terre de feu.