La chance du débutant (par Pauline)

Mardi, janvier 25th, 2005

Premier jour:

Ça y est, c’est parti, on a dit que je le louais, c’est fait. Mais maintenant que je l’ai dans les mains, qu’est-ce que j’en fais? On me dirait prête à participer à une course de V.T.T un pauvre dimanche après-midi en banlieue parisienne: un casque jaune en tissus, un panneau plastifié et conséquent posé sur le devant qu’orne un magnifique numéro “2″ accroché au guidon. On saura d’où il vient cet engin, c’est écrit en italiques: B-A-R-I-L-O-C-H-E. Affaires pliées et suspendues au porte-bagages on y va. C’est dommage, il pleut. Vive le “gore-tex” ami des héros anonymes que les intempéries ne font plus reculer. Les quidams  qui s’abritent devant les vitrines nous regardent abasourdis. Il faut dire qu’à la queue leu leu nous formons une curieuse chenille. En tête du cortège fou JOSH, néo-zélandais, sacoches sur le vélo, suivi de JODI australienne qui traîne une petite charrette où sont attelées ses affaires dans un plastique jaune. Puis vient LUKAS suisse allemand également charretée qui nous quittera plus tard et enfin les deux français, SEBASTIEN chargé jusqu’à crevaison et moi. Le cortège s’engage en dehors de la ville et déjà il y des côtes. L’asphalte est glissante, battue par la pluie. Le brouillard qui cache le haut de la montagne nous emmène tantôt en Auvergne, tantôt en Écosse. La première heure est la plus douloureuse. Je descends de vélo pou monter les côtes tant mouliner ne sert plus à rien. Mais après 19 kilomètres, une douche et un collant bien chaud, nous nous délectons du feu de bois et du lac qui vont nous border pour cette nuit. Je m’endors en pensant au courage qu’ ont ces trois fous sans compter tous les vélocipédistes que nous croisons chaque jour. Le paysage comme moteur, la fatigue comme récompense ou l’inverse je ne sais plus.

Deuxième jour

J’émerge lentement dans l’humidité de la tente. J’entends les fermetures éclair s’affairer. C’est pas vrai, les fous remettent ça. A l’aide d’ un petit déjeuner digne de pas grand chose, nous repartons sur nos montures endiablées. Après la pluie, suivra l’ennemi numéro un des acolytes de Louison Bobet: le vent, pernicieux, de face ou de côté, qui vous fait rager en descente, vous propulse sur le bas-côté ou contre un gentil camion. Au choix. Après 37 kilomètres où aucune architecture ne nous donne le plaisir de la rétine, c’est-à-dire, le schéma classique en Patagonie: montagne-route-montagne, nous décidons de trouver un endroit pour camper au milieu de nulle part… Idée qui me fait effroi. Et ma douche ? me susurre doucement la petite parisienne que je suis. Nous votons pour pousser le bouchon. La civilisation ne peut pas être si loin ou alors combien de cadavres de bicyclette allons-nous déterrer en plantant la tente? La route nous portera encore miraculeusement pendant 18 kilomètres de descente vertigineuse (normal, comme dit le papa de SEB, après les bosses, il y a toujours une descente) jusqu´à un hirsute magasin d’alimentation tenu par une petite bonne femme sans dents qui aurait pu devenir la sorcière de ce cauchemar cycliste si elle n’avait accepté (après avoir reconnu dans nos pupilles éreintées le regard mélancolique de son chien battu) que nous campions au milieu de ses poules. Elle nous a fait de la confiture, et puis, je l’ai eue ma douche.

Troisième jour

C’est décidé, je leur parle. 55 kilomètres hier, ce soir je ressemble à Jeannie Longeot. Alors, au programme aujourd’hui, les cailloux. On n’y pense pas assez, mais il existe des routes qu’empreintent les “fous-qui-roulent” qui ne sont faites QUE de cailloux. C’est-à-dire, que pendant 37 kilomètres, toujours muni du casque jaune qui est du plus bel effet, vous êtes un ouvrier en bâtiment doté d’un marteau piqueur entre les mains. Heureusement, le charme d’une cascade au pied de laquelle nous prendrons une collation, ainsi qu’un comédien croisé en achetant quatre saucisses et qui me régalera d’un poème de Federico Garcia Lorca en V.O nous ferons vite oublier les dérapages de roue. A noter aussi les indiens qui circulent en chevaux et que nos montures roulantes croisent dans un nuage de fumée. Nous jetterons l’anti-vol pour la nuit chez une femme qui cultive la lavande et dont la ravissante maison se transforme aisément pour quelques pesos en camping pour touristes égarés ou V.T.Tistes épuisés.

Quatrième jour, l’arrivée à El Bolsón et fin

20 kilomètres, la rigolade. Rien à dire si ce n’est que c’était vachement chouette, y’a qu’à voir les photos mais bon, j’ferais pas ça tous les jours.

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De gauche à droite : Lukas, Josh, Jodi, Pauline et Seb.

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Coucher de soleil aux pieds de nos tentes.

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La route des lacs qui monte qui monte qui monte

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Dur dur….

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La joyeuse troupe qui a toujours le moral.

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Enfin le beau temps…

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